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La sonnerie retentit comme une délivrance. Quelle surprise de ressentir la hâte de quitter la classe. Mais ma satisfaction n’est que de courte durée.
« - Vincent, puis-je compter sur toi pour faire visiter les lieux à notre nouveau venu pendant la récréation ? »
Je relève les yeux de mon cours que je rangeais soigneusement dans mon trieur. Madame Tiquant me sourit. Je pense à hocher la tête une bref seconde. Enfer. J’aurais préféré que Hania se charge de cette visite. Cependant, c’est une demande directe. De plus, priver Hania de voir son cher Ritz pendant notre temps libre pourrait me coûter cher. Je finis de ranger mes affaires et me tourne vers mes deux amies.
« - Ne m’attendez pas.
- D’accord. De toute façon, si vous avez fini avant, n’hésitez pas à nous rejoindre ! Tu sais où on est ! Me lance Zoé sur un ton joyeux. »
Certes. Notre point de ralliement n’avait point changé depuis la seconde. La grille du lycée où se retrouvaient nombres de fumeurs dont je ne fais pas partie. Mais plus de la moitié de notre groupe aime s’intoxiquer les poumons et je n’ai d’autre choix que d’assister à leur suicide inconscient, ainsi qu’au mien, par la même occasion. Les filles sortent vivement. Sans doute n’ont-elles qu’une hâte, retrouver les bras de leurs copains.
C’est ainsi que je quitte la salle de classe avec Nathanaël. Ou devrais-je dire Nath s’il n’aime pas qu’on l’appelle ainsi. Il me suit dans les couloirs, légèrement en retrait, mais à vrai dire, je ne sais pas où je vais. Sans savoir par quoi commencer, je me tourne vers lui. Un sourire amusé orne son visage.
« - … Quelque chose de drôle à signaler ?
- Non du tout. Me répond-il aussitôt. »
Je ne peux m’empêcher de le dévisager encore quelques instants avant de me souvenir pourquoi nous sommes là. Décidément, je ne sais même pas par quoi démarrer. Autant m’adresser à mon visiteur.
« - Tu souhaiterais voir quelque chose en particulier ?
- Oui La bibliothèque et l’infirmerie s’il te plaît. »
Tiens ? Il m’étonne. Je m’attendais au réfectoire. Seul endroit digne d’intérêt pour la plupart des lycéens. Je serais presque enthousiasmé de me rendre dans mon refuge, à savoir la bibliothèque, si j’étais seul et si je comptais travailler. Hélas, je suis relégué aux tâches ingrates. Nous empruntons un chemin que je connais par cœur. Bientôt, je pousse la porte du savoir. Cette grande pièce en mezzanine sentait les vieux livres et le savoir. Philosophie, littérature, histoire, géographie, tant de sujets dignes d’intérêt. La bibliothécaire, Madame Judi, cette femme grisonnante avec ses épais cheveux attachés en chignon, me fait un signe de la main avec un sourire amical. Monde de merde. Pourquoi faut-il que les gens sourient ? Comme à mon habitude, je hoche la tête en guise de salut. Apercevant le jeune inconnu à mes côtés, elle s’approcha.
« - Bonjour Vincent. Bonjour jeune homme ! Tu es nouveau, n’est-ce pas ?
- Oui. Répond-il avec un sourire plus large encore. Je découvre le lycée. Je suis un peu paumé ! … Perdu pardon. »
Madame Judi est une femme très douce. Elle sourit à sa reprise.
« - Je vais t’expliquer alors comment ça marche ici ! Lance-t-elle, joyeuse. Cet étage est réservé à la lecture. Comme tu peux le voir, outre les étagères, il y nombres de fauteuils. Tout au fond, il y a même un coin lecture si ça t’intéresse ! Et à la mezzanine, il y a les ordinateurs et tous les livres dits scolaires, ainsi que de nombreuses revues… »
Pendant qu’elle lui explique le fonctionnement de la bibliothèque, je ne peux m’empêcher de fureter entre les étagères que je connais déjà. Mes yeux se posent sur nombre d’œuvres que j’ai lu ou relu. Je ne peux m’empêcher de relire quelques passages de la Chartreuse de Parme. De temps à autre, mes yeux se posent sur lui. Pour la première fois depuis qu’il est arrivé, je prête attention à ses vêtements. Moi qui avais été happé par son regard plus éclatant que l’émeraude, je n’avais même pas remarqué son slim violet et sa chemise blanche mise négligemment et recouvrant le haut de son pantalon. Etranges ses bracelets à la même teinte que son bas. Je me demande comment je ne l’ai pas remarqué plus tôt. J’aperçois alors deux filles de seconde qui ne cessent de rire en me regardant en biais. Qu’aies-je fais ? Je remarque alors que depuis deux minutes je tente de remettre le livre dans le vide, à côté de l’étagère. Monde de merde. La journée va être longue. De plus, je crains que Nath ne m’ait aperçu. Son sourire brille de malice taquine. Je finis par ranger correctement le livre et retourne auprès d’eux. Madame Judi est en train de lui expliquer le système d’emprunt. Il me lance un regard amusé. Son petit sourire en coin me vexe. Pourquoi donc ? Aucune idée.
« - Enfin voilà dans les grandes lignes ! Achève la bibliothécaire. Si tu as une question tu peux venir me demander ! Ou même à Vincent, il connaît peut-être mieux les lieux que moi ! »
Oui enfin n’exagérons rien.
« - Très bien. Je vous remercie Madame. Lui dit-il avec son sourire. »
Je crois qu’il ne l’a pas perdu une fois depuis que je l’ai rencontré plus tôt dans la matinée. Nous prenons congés de cette charmante dame un peu envahissante et je le guide vers l’infirmerie.
« - Sympa cette petite dame ! Me lance-t-il, joyeux.
- Oui, elle est bien aimable. »
Je l’entends rire et encore une fois, je me tourne vers lui.
« - Mais pourquoi tant d’hilarité ?
- Désolé. Me répond-il. C’est juste… Tu me fais rire, c’est tout.
- … Je te fais rire ?
- Oui c’est malgré toi, rassure-toi. »
Cherche-t-il à me vexer à tout prix ? Enfin, s’il m’avait dit que je suis un clown ambulant, je n’aurais pas compris non plus. Mais sa façon de parler est bien particulière. Je crois comprendre qu’il est d’une franchise à tout épreuve et peu importe les conséquences. Nous arrivons devant la porte surmontée de l’étiquette « Infirmerie ».
« - … Voilà.
- Tadaaaa !!! Une porte ! Lance-t-il sur un ton joyeux. »
Je tourne lentement la tête vers lui.
« - … Que veux-tu que je te dise de plus ?
- Non mais… Je ne sais pas. Tu pourrais peut-être tenter de mettre plus d’entrain non ?
- … Non.
- … D’accord.
- Pourquoi tenais-tu à voir l’infirmerie en priorité ? »
Il baisse les yeux et son sourire s’effaçe légèrement avant de réapparaitre comme un rayon de soleil après un nuage.
« - On ne sait jamais non ?
- Certes. »
La sonnerie retentit.
« - Oh non… Grogne-t-il. Qu’est-ce qu’on a maintenant ?
- Es-tu dans une section particulière ? »
Il hausse les sourcils avant de lever lentement les yeux vers le plafond.
« - Qu’est-ce que tu appelles section particulière ? Me demande-t-il.
- Internationale ? Européenne anglais ? Européenne allemand ? »
Ses yeux s’agrandirent.
« - Et les pauvres qui n’ont rien demandé de tout ça ?
- Suis-moi. Nous avons histoire.
- Oh joie… Toi aussi tu es un pauvre ?
- … Peut-être que je ne suis pas dans l’une de ces sections mais mes options me permettent de combler mon emploi du temps.
- Ah ? Qu’est-ce que tu fais toi ? »
Nous entrons dans la salle de littérature. Je m’installe au deuxième rang à gauche comme d’habitude. Il vient se mettre à côté de moi naturellement. Je n’y vois aucune objection tant qu’il me laisse suivre le cours. Je sors mon agenda avec mon emploi du temps et lui tend. Il pousse un sifflement admiratif.
« - La vache c’est pas de la pompote en boîte ça ! »
… De la pompote en boîte ?
« - Attends alors tu fais… Anglais allemand ouais ok… Et en option… Latin, maths et… Arts ?!
- Oui.
- Tu sais, quand on est en littéraire généralement les maths…
- L’érudition est l’une de mes priorités.
- Je vois. Personnellement, je suis bien content d’en avoir fini avec les maths ! »
Zoé et Hania arrivent et se mettent derrière nous.
« - Hey Vincent ! M’interpelle Hania. »
Je me retourne et Nath en fait de même.
« - Oui ?
- Samedi soir, tous chez mon cœur ! M’annonce-t-elle.
- Ce n’était pas prévu chez Rachel à l’origine ?
- Si ! Mais en fait ses parents partent plus ce week-end du coup on va chez Ritz ! »
Elle resplendissait de joie. Elle adorait les soirées chez Ritz, pour la simple et bonne raison qu’elle s’y sentait comme chez elle.
« - Tu veux venir ? Dit-elle à Nath en le regardant avec un sourire. »
Encore une fois, ses dents blanches furent mises à l’honneur.
« - Moi je suis toujours partant ! Mais ca ne va pas déranger vos potes ?
- Oh tu sais… On est onze alors un de plus ou de moins… Lui apprend Zoé.
- Onze ?! La vache vous êtes une sacré bande !
- Oui ! En plus là on va refaire couler l’alcool à flot !
- Refaire ?
- Oui. Dit Hania, les yeux tournés vers moi. Notre dernière grosse cuite remonte au nouvel an. C’était il y a peu de temps mais elle a été sévère.
- Surtout pour Vincent… L’appuie sa meilleure amie. »
Monde de merde. Maintenant Nath va savoir que je deviens un véritable déchet humain lorsque je bois quelques gouttes d’alcool.
« - Mais bon, il ne faut pas lui en vouloir ! Môssieur n’aime pas qu’on fête son anniversaire et il a voulu noyer son amertume dans l’alcool ! »
Les yeux vifs du jeune homme se tournent vers moi. Il sourit malicieusement, je le vois bien. Monde de merde. Je ne sais même plus où me mettre. Zoé, Hania, je m’en souviendrais.
« - Ton anniversaire c’est le 31 décembre ? Me demande Nath.
- … Oui. Mais je n’aime pas le fêter.
- Alors du coup on lui a fait une surprise ! Lance Zoé, joyeuse.
- Et puis Vinchou, tu pourras dire ce que tu veux, on sait que tu as été touché ! Me dit Hania avec une lueur tendre dans l’œil. »
Bien sûr que j’ai été touché, mais ce n’est pas une raison pour continuer de m’affubler de ce surnom ridicule.
« - Arrête de m’appeler ainsi.
- Ou pas ! J’adore t’embêter ! »
Elle me passe une main dans les cheveux et je la rejette aussitôt. J’ai horreur qu’on me touche. Je me retourne et j’entends le trio rire. Quelque part, c’est un soulagement de voir Hania et Zoé s’occuper de Nath. Je me sentirais gêné qu’il soit exclu de la classe mais c’est difficile pour moi d’être aussi ouvert qu’elles le sont. Cependant, j’appréhende la rencontre avec tout notre groupe. J’espère simplement qu’il sera bien reçu. J’en suis là de mes considérations humanitaires quand notre prof de littérature arrive. Elle semble essoufflée. Il est vrai qu’elle n’est pas très en avance. Cela fait déjà dix minutes que la cloche a sonné.
« - Hey Vincent… Chuchote Zoé derrière. »
Je ne me retourne pas mais elle sait que je l’écoute.
« - Samedi tu ramènes de la vodka ?
- Nous en reparlerons tout à l’heure.
- D’accord d’accord. »
Après l’appel, la prof demande une rapide présentation à Nath qui s’exécute. Le cours se déroule alors dans le silence. Eloquente et captivante, Madame Spamin nous explique les clefs du Guépard de Lampedusa avec une passion qui force l’admiration. Je ne vois pas le temps passer. Ces études littéraires m’hypnotisent. Nous avons deux heures de cours et fort heureusement. A côté, je m’aperçois que Nath ne partage pas mon avis. A la première sonnerie, il semble plus qu’heureux que la moitié du temps soit écoulé. Nous n’avons pas de pause et le cours continue. Je gratte le papier aussi vite que possible pour n’omettre aucun détail de l’analyse. Le parallélisme entre certains personnages est fort intéressant. J’entends alors un grondement. Perplexe, je me tourne vers Nath qui se retient de rire.
« - Désolé, je meurs de faim.
- … Tu n’as plus que vingt minutes à tenir. »
Il soupire en baissant la tête. J’ai l’impression que c’est bien trop pour lui. Personnellement, je trouve que ces dernières minutes s’écoulent si vite que j’ai à peine eu le temps de souffler. L’heure du midi est annoncée par la sonnerie. Nath s’étire avec grâce et se lève de sa chaise tandis que la prof nous remercie de notre attention. A peine sortis de la classe, la conversation reprend comme si elle ne s’était jamais arrêtée.
« - Donc Vincent, tu peux ramener de la vodka ? Me redemande Zoé.
- Je vais essayer. Mais pourquoi donc ? Ritz a toujours les placards pleins…
- Oui mais comme il vit seul il veut que les réserves d’alcool diminuent lentement et pas d’un coup.
- Oui enfin tu oublies qu’il ya Taylor qui vit avec lui maintenant… Rappelle Hania. »
Taylor. Etrange phénomène que celui-ci. Cousin de Ritz, américain jusqu’au bout des ongles, il a voulu se rapprocher de son cousin et vit désormais avec lui. Seulement, la cohabitation est difficile en vue des caractères très différents des jeunes hommes. De plus, les parents de Ritz sont repartis aux Etats-Unis il y a trois ans de cela. Depuis, il a appris à vivre seul. Enfin, si on oublie les six derniers mois. Ritz a la particularité d’être à la fois américain, allemand et français. Américain par sa mère, allemand par son père et français très légèrement par le sang de sa grand-mère paternelle mais surtout parce que ses parents n’arrivaient pas à choisir un pays où vivre et ont décidé de s’installer entre l’Allemagne et les Etats-Unis. Il est parfaitement trilingue, ce qui est pour lui un énorme avantage. Et l’avantage pour notre groupe tout entier, c’est surtout sa maison, libre dès que nous le souhaitons. Mais nous essayons de varier pour que ce ne soit pas toujours le même qui nettoie après, comme il nous l’a déjà fait remarquer plusieurs fois.
Nous quittons le lycée et attendons devant l’arrivée des autres. Je jette un œil à Nath. Je ne sais pas pourquoi, mais la perspective qu’il rencontre les autres m’angoisse. Pourtant, à contrario de moi-même, il semble attirer les gens et leur sympathie comme un aimant. Lui, semble détendu et même impatient de les connaître. Je n’arrive pas à comprendre cet étrange sentiment qui assombrit mon humeur. Décidément, cette journée est longue. Bien trop longue. J’ai l’impression qu’elle ne finira jamais. Je me sens dérangé de l’intérieur. Je relève les yeux vers Nath. Ses yeux verts étincellent et brillent de mille feux au soleil. Son sourire pourrait laisser pantois le plus brillant de tous les diamants et le plus bariolé des arc-en-ciel s’inclinerait devant ses yeux. Il pourrait conquérir le monde s’il le voulait. Je sais que ce ne serait pas un problème pour lui s’il le souhaitait.
Je baisse les yeux d’un brusque coup de tête. Qu’est-ce qui me prend de faire l’éloge de ce garçon que je connais à peine ? Sa détermination m’éblouit-elle à ce point ?
Pourtant, aujourd’hui je suis en harmonie avec ce que je suis alors pourquoi envierais-je les autres ? Est-ce réellement de l’envie ? Je n’en sais rien.
Quand j’ose relever les yeux vers lui, il serre la main à Isaac, le petit ami de Zoé. Je ne m’étais même pas rendu compte qu’ils étaient arrivés.
Et voici la suite du Chant des Meurtris! Le début du premier chapitre! ^^ (Et oui ça sent la fin pour l'Enfer des Anges je sais T_T)
Alors nous sommes dans la peau de Vincent comme les crochets le montre dans le titre! ^^ J'espère avoir suscité votre intérêt et j'aimerais vos impressions s'il vous plaît sur cette nouvelle façon d'écrire! =)
C'est important pour moi alors laissez des commentaires s'il vous plaît. Ca ne vous prends pas longtemps et moi ça me fait toujours plaisir!
Merci beaucoup! ^___^






j'adore tes histoire Taki ! continu comme sa, cest tres bien ! jadore Vincent avec ses Monde de merde !!! 




Kamitetsu-sama
lun 11 mai 2009 19:29