Pourquoi suis-je venu ici ? Pourquoi mes pas m’ont conduit en un tel lieu ? Minuit avait sonné depuis un long moment déjà et j’étais dans ce bar étrange. Les tentures noires masquaient les fenêtres et seules quelques bougies illuminaient la pièce. Des murmures et chuchotements venaient effleurer mes oreilles en alerte. Je ne sais pas combien de temps je suis resté assis. Tout ce que je peux dire, c’est que le temps était suspendu. J’avais peur, néanmoins j’étais fasciné. Ce tableau… Je crois que je n’ai cessé de le regarder depuis que j’ai échoué ici. Etrange… Cette femme crie de toute son âme, bras croisés sur la poitrine, quand cette cape noire enveloppe son corps nu. On devrait avoir envie de l’aider et pourtant… Ses yeux invoquent le plaisir. Plaisir de la souffrance ? Comment savoir… J’essaye de donner un sens à ce tableau, en vain. Elle a peur et semble désirer se faire envelopper en même temps. Ses cheveux blonds et bouclés partent dans tous les sens. Est-ce un reflet de la pensée de l’observateur ? Pure spéculation.
Enfin mes yeux se détachent de ce tableau à la morale vicieuse. Ce n’est qu’à cet instant que j’entrevois un escalier noir en colimaçon. Il descend dans un étage plus sombre et plus secret encore. Tout comme la femme sur le tableau, j’ai peur et j’ai envie en même temps. La rambarde m’hypnotise et m’invite déjà à déposer ma main dessus pour descendre, marche après marche, dans un monde plein de secrets. Encore une fois, je me demande comment je suis arrivé là. J’ai cette impression de ne pas pouvoir reculer et j’aime ça. Mes jambes me portent vers cet escalier. Il est d’humeur taquine sans aucun doute. Les marches semblent se rétrécir et s’élargir à nouveau. Mais je m’aventure quand même et entame la descente vers l’Enfer de l’inconnu. Il fait plus froid. L’air angoisse de fraîcheur.
Les bougies se font plus rares qu’à l’étage. Je les compte sur une main. Cinq bougies et des reflets flamboyants sur les murs recouverts de velours rouge. Et cette musique… Lascive… Lente… Angoissante… Enivrante. Je ne sais pas d’où elle provient et je m’en moque. J’avance lentement. L’écho de mes pas vient mourir sur le velours mural. Quelle mort soyeuse. Je ne me rends compte que maintenant que l’endroit est désert. Pas d’âme qui vive. Juste cette musique et les bougies.
J’ai parlé trop vite. Deux mains fermes viennent agripper mes hanches. Le frisson qui me parcourt n’est pas du à la basse température de la pièce. Mon corps devient statue tandis que ces mains remontent avec agilité et grâce le long de mes côtes. Je viens poser les miennes dessus. Elles sont brûlantes. Des mains fines et fortes. Des mains d’hommes. Je les aime. Je ne sais pas pourquoi. Je n’ai pas envie de me débattre. Je me laisse toucher par cet inconnu. Son parfum vient me soumettre un peu plus. Le musc me rend fou. Je croise mes bras sur ma poitrine et vient poser mes mains sur mes épaules. Il ne se laisse pas déconcentrer et continue consciencieusement sa lente montée. Enfin, ses doigts touchent les miens. Incroyable. Leur chaleur s’est intensifiée. Il dépose avec douceur ses mains sur les miennes. Je peux sentir le bouillonnement de son sang battre sur le dos de mes mains. J’ai froid. J’ai chaud.
J’abaisse mes mains. Signe d’abandon. Cruelle a été ma faiblesse. Je me sens chétif entre ses bras. Ses paumes viennent se poser sur mes épaules comme s’il touchait de la porcelaine. Je deviens porcelaine. J’ai cette impression de pouvoir me briser en mille éclats entre ses mains. J’halète de plus en plus. Mon corps devient fou et s’embrouille avec mon esprit embrumé. Que faire ? Que dire ? Que penser ? Tant de questions toutes difficiles à satisfaire d’une banale réponse. Je ne parlerai pour rien au monde. Mes paupières sont closes. Mes sensations sont plus fortes. Ses mains viennent envahir ma poitrine pour déboutonner quelques boutons de ma chemise. Gracieuses, elles se glissent entre le tissu et ma peau pour venir s’y poser à plat. Cette chaleur… Elle m’étouffe presque. Je ne peux plus réagir. Juste me laisser faire et me laisser vaincre. Je passe une main derrière ma tête et vient la plaquer derrière sa nuque. La remonte lentement. Ses cheveux ni courts, ni mi-longs, sont soyeux, doux et épais. Il retire ses mains et un froid glacial m’envahit. Je frissonne. J’ai froid. J’ai terriblement froid. Mais ses mains passent sous ma chemise au niveau de mes hanches. Soulagement quand ils les posent à nouveau sur ma peau. Il me réchauffe. Il me donne sa chaleur. J’inspire profondément. Je crois que je ne pouvais plus respirer. Un souffle parcourt ma nuque. Je suis encore une fois la proie favorite des frissons. Mes mains tremblent et je ne peux plus caresser ses cheveux. Mes bras engourdis ne me répondent plus. Ils retombent le long de mon corps. Est-ce humain de me faire un tel effet ?
Il ne m’abandonne pas. Mais encore une fois, je suis victime de ce froid quand il lâche mon corps. Il s’insinue dans mes poumons et m’empêche de respirer. Je tremble. Mais il vient saisir mes mains et referme ses doigts entre les miens. Il m’offre de nouveau de l’oxygène. Je suis perdu. Je ne comprends plus. Je ne sais pas ce qu’il est et je crois que je ne trouverai jamais. Je suis là sans être présent. Mon esprit s’est égaré quelque part dans un songe éveillé. Seul mon corps est réactif. Il est le seul à me faire savoir que je suis là, dans les bras de cet inconnu. La chaleur de nos mains unies remontent dans mes bras, comme un sang neuf. Un faible soubresaut de mon âme. J’ai peur. J’ai peur mais je ne peux rien faire. Et peut-être que je n’ai pas envie de faire quoique ce soit non plus. Je ne me comprends pas. Mais je n’ai plus à réfléchir. Ses lèvres de feu viennent chérir mon cou. Seul un faible gémissement rauque s’échappe de ma gorge enchantée de sa chaleur. Quand j’ouvre les yeux, ma vue est trouble. Je ne saisis pas. J’aperçois juste les flammes en étoiles des bougies, spectatrices silencieuses de ma déchéance.
J’essaye de me retrouver. De repenser qui je suis et pourquoi je suis là. Mais une seule image s’impose à moi. Ce tableau. Cette femme enveloppée dans cette mystérieuse cape noire. Puis-je mieux comprendre sa réaction ? Sa peur et son désir ? Oui. Je crois que je comprends. Je suis là, corps à corps avec un être mystique. Il n’est pas humain. Il ne peut pas être humain. Quel humain serait capable de me perturber ainsi ? Ma peur et mon désir s’accroissent. Je ne le lâcherai pour rien au monde. Dans ses bras, je suis si bien. Si bien enveloppé dans sa chaleur terrifiante. Il abandonne une de mes mains et vient glisser deux doigts sous mon menton. Jamais frisson ne fut plus agréable. Il m’invite à incliner la tête vers la gauche. J’obéis, prêt à tout pour le combler. Je le vois enfin. Ses cheveux noirs, ses yeux de topaze impériale en amande reflétaient mon visage ébahi. Etait-ce une illusion où une flamme crépitait dans chacune de ses iris ? Sa beauté froide contrastait avec la chaleur de ses yeux. Mais même cette chaleur était froide… Une lueur malsaine brillait dans ses yeux. Une perversité cachée. Mais il m’empêcha de réfléchir davantage car ses lèvres heurtèrent les miennes.
Une autorité sans nom m’embrassait à présent. Et la folie devait me prendre car j’aimais ça. J’en devenais fou. Ses lèvres brûlantes, incroyablement douces. Même dans mes plus grands fantasmes, je n’avais osé imaginer des lèvres d’une telle force et d’une telle douceur. Qu’importe ce qu’il pouvait arriver maintenant, je ne pouvais plus m’en passer. Le souffle me manquait et malgré tout, j’entrouvrais mes lèvres pour le découvrir plus encore, la peur au ventre. Sa langue était comme je l’imaginais. A son image. Subtile et affolante de chaleur. Je mourrais de chaud. Ma tête était en ébullition. J’enroulais cette langue si particulière avec la mienne et je ne voulais pas la lâcher. Il fut le premier à reculer. A vouloir interrompre un baiser dont je n’avais jamais ressenti une telle intensité. J’haletais. Quand ses lèvres me quittèrent, ivre de leur bienfait, je venais lui reprendre. Mais il ne voulait plus. Cela me rendait fou. J’en voulais encore. Toujours plus. Sa main enserra mon poignet droit et le retint avec une force que je ne pouvais soupçonner. Ou qu’au contraire, je ne pouvais que soupçonner. Son autre main m’emprisonna l’autre. Prisonnier, il faisait ce qu’il voulait de moi. En premier lieu, me détacher de ses lèvres. La douleur fut lancinante. Mes lèvres me brûlaient d’être ainsi gelées. Ma gorge tentait de respirer mais aucun air ne venait me sauver. Tout tourne. Tout devient flou.
J’ai envie de hurler ma douleur. Ce froid qui me pénètre et me cisaille comme des milliers de lames de rasoirs. Ma langue, ma précieuse alliée il a quelques secondes encore, se retourne aussi contre moi. J’ai mal. Je gèle du fond de mes entrailles. Mes jambes ne me portent plus et je m’écroule. Mais il me retient. Ne m’a-t-il pas assez torturé comme ça ? Qui est-t-il ? Que me veut-il ? Il me détruit et pourtant je veux qu’il me sauve, lui. Lui, l’être à la beauté glaciale, aussi imperturbable et impénétrable que le marbre. Il me ruse pour me faire souffrir encore une fois de plus. Il me tient par les hanches, comme à la première fois. Cette première fois qui semble si loin. Sa peau ne me touche plus. Je grelotte. Cet homme… Non. Cette créature, cet être, m’a volé toute ma chaleur. Je peine à respirer. Je m’épuise à chercher la moindre bouffée d’air. Je ne peux plus. Je n’y arrive plus. Et pourtant je suis serein. Mon esprit épuisé repasse en boucle ce baiser au goût de mort qu’il m’a donné. Il a la délicatesse de me déposer sur le sol. Enfin me semble-t-il. Il est plus chaud que moi. Je ne ressens presque plus rien. Son visage me trouble encore et encore. Il me hante. Même les yeux fermés je revois son rictus. Cette apparente chaleur pour une froideur bien enfouie. Je ne m’étais pas trompé.
Mais je ne sais toujours pas qu’il peut bien être. Et je crois que je ne le saurais jamais. Il m’a volé ma chaleur. Il m’a volé ma vie. Dans un dernier élan de force, j’ouvre les yeux. Il est agenouillé à côté de mon visage. Il me sourit. Un sourire machiavélique et plein de douceur. Je ne peux m’empêcher de lui répondre. Mes lèvres froides se tirent difficilement en un faible sourire. Je referme mes yeux fatigués. Je viens de comprendre. Il était temps. C’était mon dernier souffle. J’ai flirté avec la Mort. Je ne pensais pas qu’elle pouvait être si belle…
Musique: Old Artiste -Archive.
Voilà un one shot que j'ai écris en 1h30.
Je vous explique son origine. Elle est simple. Tout à l'heure j'ai mis la musique que j'ai mis ici-même et là... GROSSE INSPIRATION. (J'ai même arrêté d'écrire EOP quand je l'ai entendu, c'est pour vous dire!) La musique m'a complètement inspiré cette petite histoire que je vous ai écrite. Je l'ai écouté du début à la fin.
J'espère qu'elle vous a plu et s'il vous plaît, dites-moi ce que vous en pensez. C'est vraiment une inspiration improvisée et j'ai besoin de savoir ce que vous en avez pensé.
S'il vous plaît, c'est important pour moi.










Aurore
lun 22 jun 2009 22:39