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Le Chant des Meurtris

Le Chant des Meurtris  (Le Chant des Meurtris) posté le lundi 02 mars 2009 17:52

 

L'Un est solitaire du plus profond de lui-même.

L'Autre est un libertin dans l'âme.


L'Un haït l'Amour.

L'Autre fuit l'Amour.


L'Un ne veut pas de l'avenir.

L'Autre rêve d'une jeunesse éternelle.


L'un converse avec la voûte étoilée seul le soir.

L'Autre se révèle dans la torpeur de la nuit.


L'Un ne l'attendait pas.

L'Autre non plus.



La Bataille ne fait que commencer...

Leur Bataille...


Le Chant des Meurtris.

 

 


Le Chant des Meurtris sera la prochaine fic yaoi publiée sur mon blog! ^_^

Mais elle n'apparaîtra pas tant que Rufus x Reno ne sera pas terminée!

J'espère vous avoir donné envie! =)

Takisma.

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Chapitre Zéro: Habitude [???]  (Le Chant des Meurtris) posté le dimanche 05 avril 2009 23:30

 

Ma plume parcourt le papier doux de ma feuille depuis un certain temps déjà. J’ai achevé mon devoir maison philosophique dès le début des vacances. Cependant, la question posée m’intrigue encore. « Peut-on vivre sans exister ? ». Il est évident que ceux sont là deux concepts forts différents. Nous vivons tous mais cela suffit-il à prouver que nous existons ?

 

« - A table ! »

 

Déjà ? Je regarde l’heure sur mon réveil. 20h30. Cela fait déjà plus de cinq heures que je suis plongé dans ma réflexion. Le temps est passé bien vite.  A regret, je pose mon stylo pour aller manger. Je quitte ma chambre et descends pour rejoindre le salon et m’installe à table. Mon père est déjà assis et regarde les informations tandis que ma mère apporte un plat de tomates farcies.

 

« - Où est Maëlane ? Demande ma mère.

- Je ne sais pas. Réponds machinalement mon père.

- Chéri tu peux aller voir ? »

 

Chéri… J’ai horreur quand elle m’appelle comme cela. Malgré tout, je me lève sans un mot et monte à l’étage. Je frappe à la porte de sa chambre. 

 

« - Ouais ? »

 

J’ignore son ton dédaigneux et ouvre la porte. Son désordre habituel m’afflige. Et encore. Le mot désordre est sans doute un euphémisme. Comme à son habitude, Maëlane est au téléphone.

 

« - Qu’est-ce que tu veux ? Me lance-t-elle, agressive.

- On mange. Répondis-je calmement.

- Ok j’arrive. Ouais désolée c’était mon frère. »

 

Elle m’ignorait déjà. Je redescends et ma sœur daigne nous offrir sa présence près de dix minutes plus tard. Comme d’habitude, elle se fait sermonner par mes parents. Je ne dis rien. Je n’ai aucune raison de m’impliquer dans leur conflit perpétuel. Maëlane, quinze ans, est malheureusement difficile à gérer. Il est parfois difficile à croire que nous sommes de la même fratrie. Bavarde, insolente, particulièrement irritable et têtue, il est vrai que nous n’avons que peu de choses en commun. Cependant, je les cherche encore.

 

« - Maman, tu me files quinze euros pour demain. Lança-t-elle au milieu du dîner.

- Pourquoi ? Rétorqua l’intéressé.

- Je mange en ville avec Laura !

- Dis-donc Maëlane, on paye la cantine, c’est pas pour rien non ?! Intervint mon père.

- C’est dégueulasse ! Cria Maëlane.

- Oh tu me parles autrement ! »

 

Dégénérescence, une fois de plus. Je n’ai qu’une envie, finir mon repas avant de me réfugier dans ma chambre. Je tiens à reprendre ma réflexion là où je l’ai abandonné. J’aimerais pouvoir me concentrer à table, cependant, les cris de mes proches me percent les tympans et ne me laissent aucune autre solution que les écouter hurler sans même prendre la peine de s’écouter. La dispute s’acheva sans surprise. Maëlane se leva d’un bond et remonta dans sa chambre en claquant la porte pour faire savoir sa fureur. Je suis heureux de voir que pour une fois, mon père n’a pas cédé. Si cela ne tenait qu’à ma mère, elle lui aurait donné l’argent demandé dès le premier aboiement de ma sœur. Ma mère, Julia, est bien trop douce pour ma tigresse de sœur. Quant à mon père, Stéphane, il était le seul qui tenait encore à lui tenir tête de temps à autre. A vrai dire, ce n’est pas que je baisse les yeux devant elle, loin de là, mais ses caprices d’enfant gâté passent largement au dessus de ma tête. C’est à peine si nous nous disons bonjour le matin. Ma mère se tourne vers moi avec un sourire.

 

« - Alors mon chéri ? Prêt pour demain ?

- Cesse de m’appeler ainsi. Oui je suis prêt. Ce n’est que la rentrée des vacances de Noël. Lui répondis-je.

- Tu es à jour dans tes devoirs ?

- Comme d’habitude. »

 

J’ai horreur quand elle tente de me faire la conversation mais je ne peux pas lui en vouloir. Elle n’en a même pas l’occasion avec sa fille.

 

« - Demain matin on part à 7h10. Je dois arriver tôt au boulot. M’informe mon père.

- Bien. »

 

Après manger, je mets mon assiette dans le lave-vaisselle et remonte dans ma chambre. Je tente de me concentrer à nouveau. Rapidement, mes idées me reviennent et je reprends ma réflexion personnelle. Le temps défile sans que je m’en aperçoive. Quand je relève la tête, il est presque une heure du matin. A contre cœur, je décide de ranger mon travail dans mon classeur. Depuis quelques années, j’y ajoute régulièrement mes pensées sur divers sujets. Après un passage dans la salle de bain, je vois que la lumière dans la chambre de ma sœur est toujours allumée et je l’entends rire. Encore au téléphone. Fort heureusement, la salle de bain sépare nos chambres et nos murs ne sont pas en contact direct. Ses bavardages ne m’intéressent pas. Quand je trouve la tiédeur de mon lit, je ne peux m’empêcher de repenser à cette question. Peut-on vivre sans exister ? Personnellement, je trouve qu’une vie sans existence est futile. Cependant, je doute de ma propre existence bien que je sois dans la dix-huitième année de ma vie.

Le réveil à six heures du matin est délicat. J’ai peu dormi et durant les vacances, je préfère vivre la nuit plutôt que le jour. Je m’y sens plus à l’aise. Mais je n’ai pas le choix. Je me lève et pars prendre ma douche. Prêt vers six heures et demie dans mes habits noirs, je vois que la chambre de ma sœur est étrangement calme. Je l’entrouvre doucement. Effectivement, elle dort toujours.

 

« - Maëlane, il est six heures et demie. Dis-je doucement. »

 

Elle bouge en protestant à voix basse.

 

« - Lève-toi s’il te plaît. Insistais-je.

- Casse-toi. »

 

Bien. Je referme la porte sans un mot. Je suis imperméable à toutes ses insultes. A force de la côtoyer, je suis sans doute devenu immunisé face à son agressivité. Comme d’habitude, je bois mon café sans un mot à table. Ma mère prépare les tartines de ma sœur et mon père est plongé dans une revue scientifique. Elle fait partie des rares qui me désintéressent. Les magazines scientifiques ainsi que la presse à scandale ne font pas partie de mes lectures. Pourtant je lis beaucoup mais je n’ai pas choisi la section littéraire par défaut. En terminale dans un lycée d’environ mille deux-cents élèves, je fais partie des rares personnes ayant préféré la voie de la philosophie et de la littérature à celles des sciences et de l’économie. Ma sœur descend en trombe à sept heures et avale ses tartines sans remercier ma mère. Dix minutes plus tard, nous sommes partis. Habitants à la campagne, nous n’avons pas d’autre choix que d’être déposés par mon père, tôt le matin. Mais cela ne me dérange pas. J’aime prendre le temps de me mettre en condition plutôt que d’arriver précipitamment à la dernière minute. Nous arrivons en ville une vingtaine de minutes plus tard. Le collège de ma sœur est avant mon lycée. Elle descend en lançant un bref « salut ! » et mon père continue jusqu’à mon lycée, plus en centre ville. Je quitte la voiture en lui souhaitant une bonne journée. Bien entendu, les grilles du lycée sont encore fermées et tout semble désert. Il fait encore nuit et froid. Je m’adosse au mur et lève les yeux vers le ciel. Quelques nuages vaporeux traversent le ciel d’encre. Les étoiles brillent encore avec force. Elles ne tarderont pas à s’incliner d’ici une heure pour laisser place au roi Soleil, astre des astres. Quelle magnificence. Comment l’Homme peut-il espérer devenir l’être suprême de ce monde quand il nous suffit de lever les yeux pour savoir que nous ne sommes insignifiants ?

 

« - Coucou ! »

 

Mon instant de réflexion vient de partir en fumée. La voix d’un de mes amis vient de me ramener à la réalité.

 

« - Bonjour Sébastien. Comment vas-tu ?

- Ca va. Mais j’ai pas trop envie de reprendre les cours. Et toi ?

- Il y a un temps pour tout. Il ne faut pas abuser des bonnes choses.

- Oui donc tu es content de reprendre quoi.

- Si tu essayais de voir l’école de manière positive, peut-être que tu aurais envie de te lever le matin. Lui rétorquais-je.

- J’aime bien l’école. Mais juste que les devoirs tout ça, j’en ai marre.

- C’est fâcheux. »

 

Notre petit groupe s’étoffe de plus en plus au gré des arrivées. Plus il devient conséquent et plus je me tais. Je ne suis pas un grand orateur. Quand la sonnerie retentit, nous nous séparons pour la plupart. Deux de mes amies ont aussi choisi la voie littéraire et nous sommes dans la même classe. Zoé et Hania partagent ensemble leur week-end fabuleux, à leurs dires, chacune avec leur petit ami respectif, Isaac et Ritz. Ils sont aussi de mes proches amis. J’écoute d’une oreille distraite les aventures de leurs idylles. En classe, elles se mettent ensemble et je préfère me mettre devant elles pour écouter avec attention le cours de philosophie. Notre professeur est en retard. Etrange. Ce n’est pas dans ses habitudes. Notre petit effectif de dix-sept élèves attend en se racontant les uns aux autres comment se sont déroulées leurs vacances. Je préfère me pencher sur une question qui m’est plus importante à l’heure actuelle. Le temps. Celui-ci ne cesse de m’interpeller.

Je note quelques idées sur une feuille quand Madame Tiquant arrive. Son habituel sourire peint son visage. Ses courts cheveux noirs semblent plus ébouriffés que d’habitude et ses yeux noirs ne sont pas soulignés de crayon. Sans doute s’est-elle réveillée en retard. Après tout, c’est également la rentrée pour les professeurs.

 

« - Bonjour à tous ! Lance-t-elle. Excusez mon retard, j’ai été appelé chez Madame Niguion tôt ce matin. »

 

Madame Niguion, notre CPE ?

 

« - Je suis heureuse de vous annoncer que nous allons avoir un nouveau camarade de classe ! Reprit-elle avec un large sourire.

 

Ses yeux se posèrent sur moi. Je n’aime pas cela mais soutiens tout de même son regard.

 

« - Tu ne seras plus le seul garçon de la classe Vincent ! »

 

Joie.

 

« - En tant que seul représentant masculin et délégué de classe, pourrais-tu t’occuper de lui pour qu’il s’acclimate bien chez nous ? »

 

Je n’ai été élu délégué que par défaut. Je suis le seul garçon de la classe, la liste des éventuels candidats fut vite réduite. Je n’en ai cure de ce rôle mais il était difficile de refuser de façon tranchante. (Tout comme il va m’être difficile de refuser cette requête, bien qu’elle me désintéresse complètement.) C’est ainsi que je me suis retrouvé délégué avec mon amie et donc collègue, Hania.

 

« - Si vous le souhaitez. Répondis-je.

- Parfait ! Je l’ai aperçu tout à l’heure. Il a l’air charmant ! Il devrait arriver dans l’heure mais là il devait récupérer ses livres je crois. Et la CPE voulait le mettre au courant de notre façon de fonctionner. Bon, nous en parlerons en temps et en heure ! En attendant, je crois que vous avez quelque chose à me rendre ! »

 

Elle ramasse nos devoirs et enchaîne sur la reprise de son cours. Je suis, comme toujours, absorbé par ce qu’elle nous explique. Son cours est vivant, structuré et je peux sentir toute son énergie et sa passion parcourir la salle de classe pour que nous venions l’inhaler. Je prends note de tout ce qu’elle dit et je l’analyserai plus en profondeur à la maison. Il est fréquent que je ne partage pas exactement son avis. Une fois encore, le temps me surprend. La sonnerie retentit et c’est déjà la fin de notre première heure de philosophie. Fort heureusement, nous continuons comme si rien ne s’était passé puisque nous en avons une deuxième avant de poursuivre cet après-midi pour une troisième heure.

On finit par frapper à la porte.

 

« - Oui ? »

 

Je ne m’y intéresse guère pour le moment et achève de noter une idée énoncée peu avant par notre professeur.

 

« - Bonjour. Je suis désolé d’arriver en plein milieu du cours. 

- Non au contraire ! Nous te souhaitons la bienvenue parmi nous Nathanaël ! »

 

Je relève enfin les yeux vers ce Nathanaël à la voix douce. Un choc violent fait trembler mes entrailles. Ce jeune homme est si singulier. Une silhouette très fine et svelte. Un maintien gracieux et élégant. Des cheveux blonds mi-longs aussi raides que les miens, peut-être plus encore. Un visage aux traits si fins à faire pâlir les beautés de notre temps. Des traits indescriptibles. Spéciaux. Manifestement androgynes, ils ne révélaient pas moins qu’une grâce féline. Mais peut-être que ses yeux restaient le plus saisissant. Un vert éclatant, très vif. Je n’en avais jamais vu de pareils auparavant. Sans doute porte-t-il des lentilles colorées pour avoir une telle couleur. J’en suis là de mon observation quand je remarque les chuchotements d’entrain parmi la gente féminine. Le dénommé Nathanaël les regardait avec un sourire amusé.

 

« - D’où viens-tu ? Demanda alors Madame Tiquant.

- Du Sud de la France. J’habitais sur la côte basque à Bayonne. »

 

Je me surprends à être aussi captivé que les autres par ses paroles. Je ne comprends pas pourquoi.

 

« - Très bien ! Je sais que c’est difficile d’arriver comme ça en cours d’année mais j’espère que tu t’habitueras vite et que tu seras rapidement à l’aise parmi nous ! Ajoute la dame.

- Je vous remercie. Répond-il avec un sourire.

- Vincent ? »

 

Elle se retourne vers moi et j’aimerais disparaître à cet instant.

 

« - Oui Madame ? Dis-je.

- Comme convenu, je compte sur toi pour l’aider à trouver ses repères au lycée d’accord ?

- Bien sûr. »

 

Elle se tourne de nouveau vers lui avec un sourire. Monde de merde. Je regrette vraiment d’être délégué. Les tâches sociales n’ont jamais été dans mes cordes.

 

« - Tu veux bien aller t’installer à côté de Vincent ? Lui demande-t-elle.

- Oui merci. »

 

Il approche et je fixe mon regard au tableau. Chacun de mes muscles se tend. Je ne comprends pas mon brusque embarras. Cet inconnu prend place à côté de moi et tourne ses yeux verts sur moi. Cette situation me gêne terriblement. Crispé, je finis par tourner lentement la tête vers lui. Il met alors une main devant sa bouche et se retient de rire.

 

« - J’ai l’impression de te faire peur ! Finit-il par dire à voix basse.

- Non. Je suis le cours, c’est tout. Dis-je de ma voix la plus froide.

- Oh très bien. Je ne vais pas te déranger alors.

- Merci Nathanaël. »

 

Ses yeux se braquent sur moi.

 

« - Appelle-moi Nath, par pitié. Dit-il d’un ton catégorique.

- Allergique à ton prénom ?

- Oui.

- Très bien… Nath. »

 

Ses traits se radoucirent aussitôt. Malgré le fait qu’il me laissât en paix tout le reste de l’heure, je n’arrivais plus à suivre correctement le cours. Tout émanant de lui était prétexte à me distraire. Son parfum, son regard qui se posait de temps à autre sur moi ou bien tout simplement ma curiosité. Jamais je n’avais été curieux auparavant pour qui que ce soit. Cet étrange jeune homme m’intrigue et ce n’est pas pour me plaire. Et pourtant je ne peux rien y faire. Nath… Pourquoi ?

 


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Et oui!

Peut être êtes-vous étonnés de voir le chapitre zéro du Chant des Meurtris! (N'ayez crainte je travaille sur la fin de L'Enfer des Anges en parallèle {#}).

Ce chapitre (qui est déjà fini) n'est autre qu'une sorte de prologue approfondi! ^___^

J'ai hâte de connaître vos réactions sur le cadre de cette nouvelle histoire, le nouveau mode d'écriture mais SURTOUT sur les deux personnages principaux! {#}

Est-ce que vous vous y attendiez? Et quel sentiment avez-vous sur eux?

Ca m'intéresse énormément alors dites-moi tout! Tout! TOUT! =)

 

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Chapitre Premier: Inconnu [Vincent] [Première Partie]  (Le Chant des Meurtris) posté le dimanche 10 mai 2009 02:26

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La sonnerie retentit comme une délivrance. Quelle surprise de ressentir la hâte de quitter la classe. Mais ma satisfaction n’est que de courte durée.

 

« - Vincent, puis-je compter sur toi pour faire visiter les lieux à notre nouveau venu pendant la récréation ? »

 

Je relève les yeux de mon cours que je rangeais soigneusement dans mon trieur. Madame Tiquant me sourit. Je pense à hocher la tête une bref seconde. Enfer. J’aurais préféré que Hania se charge de cette visite. Cependant, c’est une demande directe. De plus, priver Hania de voir son cher Ritz pendant notre temps libre pourrait me coûter cher. Je finis de ranger mes affaires et me tourne vers mes deux amies.

 

« - Ne m’attendez pas.

- D’accord. De toute façon, si vous avez fini avant, n’hésitez pas à nous rejoindre ! Tu sais où on est ! Me lance Zoé sur un ton joyeux. »

 

Certes. Notre point de ralliement n’avait point changé depuis la seconde. La grille du lycée où se retrouvaient nombres de fumeurs dont je ne fais pas partie. Mais plus de la moitié de notre groupe aime s’intoxiquer les poumons et je n’ai d’autre choix que d’assister à leur suicide inconscient, ainsi qu’au mien, par la même occasion. Les filles sortent vivement. Sans doute n’ont-elles qu’une hâte, retrouver les bras de leurs copains.

C’est ainsi que je quitte la salle de classe avec Nathanaël. Ou devrais-je dire Nath s’il n’aime pas qu’on l’appelle ainsi. Il me suit dans les couloirs, légèrement en retrait, mais à vrai dire, je ne sais pas où je vais. Sans savoir par quoi commencer, je me tourne vers lui. Un sourire amusé orne son visage.

 

« - … Quelque chose de drôle à signaler ?

- Non du tout. Me répond-il aussitôt. »

 

Je ne peux m’empêcher de le dévisager encore quelques instants avant de me souvenir pourquoi nous sommes là. Décidément, je ne sais même pas par quoi démarrer. Autant m’adresser à mon visiteur.

 

« - Tu souhaiterais voir quelque chose en particulier ?

 - Oui La bibliothèque et l’infirmerie s’il te plaît. »

 

Tiens ? Il m’étonne. Je m’attendais au réfectoire. Seul endroit digne d’intérêt pour la plupart des lycéens. Je serais presque enthousiasmé de me rendre dans mon refuge, à savoir la bibliothèque, si j’étais seul et si je comptais travailler. Hélas, je suis relégué aux tâches ingrates. Nous empruntons un chemin que je connais par cœur. Bientôt, je pousse la porte du savoir. Cette grande pièce en mezzanine sentait les vieux livres et le savoir. Philosophie, littérature, histoire, géographie, tant de sujets dignes d’intérêt. La bibliothécaire, Madame Judi, cette femme grisonnante avec ses épais cheveux attachés en chignon, me fait un signe de la main avec un sourire amical. Monde de merde. Pourquoi faut-il que les gens sourient ? Comme à mon habitude, je hoche la tête en guise de salut. Apercevant le jeune inconnu à mes côtés, elle s’approcha.

 

« - Bonjour Vincent. Bonjour jeune homme ! Tu es nouveau, n’est-ce pas ?

- Oui. Répond-il avec un sourire plus large encore. Je découvre le lycée. Je suis un peu paumé ! … Perdu pardon. »

 

Madame Judi est une femme très douce. Elle sourit à sa reprise.

 

« - Je vais t’expliquer alors comment ça marche ici ! Lance-t-elle, joyeuse. Cet étage est réservé à la lecture. Comme tu peux le voir, outre les étagères, il y nombres de fauteuils. Tout au fond, il y a même un coin lecture si ça t’intéresse ! Et à la mezzanine, il y a les ordinateurs et tous les livres dits scolaires, ainsi que de nombreuses revues… »

 

Pendant qu’elle lui explique le fonctionnement de la bibliothèque, je ne peux m’empêcher de fureter entre les étagères que je connais déjà. Mes yeux se posent sur nombre d’œuvres que j’ai lu ou relu. Je ne peux m’empêcher de relire quelques passages de la Chartreuse de Parme. De temps à autre, mes yeux se posent sur lui. Pour la première fois depuis qu’il est arrivé, je prête attention à ses vêtements. Moi qui avais été happé par son regard plus éclatant que l’émeraude, je n’avais même pas remarqué son slim violet et sa chemise blanche mise négligemment et recouvrant le haut de son pantalon. Etranges ses bracelets à la même teinte que son bas. Je me demande comment je ne l’ai pas remarqué plus tôt. J’aperçois alors deux filles de seconde qui ne cessent de rire en me regardant en biais. Qu’aies-je fais ? Je remarque alors que depuis deux minutes je tente de remettre le livre dans le vide, à côté de l’étagère. Monde de merde. La journée va être longue. De plus, je crains que Nath ne m’ait aperçu. Son sourire brille de malice taquine. Je finis par ranger correctement le livre et retourne auprès d’eux. Madame Judi est en train de lui expliquer le système d’emprunt. Il me lance un regard amusé. Son petit sourire en coin me vexe. Pourquoi donc ? Aucune idée.

 

« - Enfin voilà dans les grandes lignes ! Achève la bibliothécaire. Si tu as une question tu peux venir me demander ! Ou même à Vincent, il connaît peut-être mieux les lieux que moi ! »

 

Oui enfin n’exagérons rien.

 

« - Très bien. Je vous remercie Madame. Lui dit-il avec son sourire. »

 

Je crois qu’il ne l’a pas perdu une fois depuis que je l’ai rencontré plus tôt dans la matinée. Nous prenons congés de cette charmante dame un peu envahissante et je le guide vers l’infirmerie.

 

« - Sympa cette petite dame ! Me lance-t-il, joyeux.

- Oui, elle est bien aimable. »

 

Je l’entends rire et encore une fois, je me tourne vers lui.

 

« - Mais pourquoi tant d’hilarité ?

- Désolé. Me répond-il. C’est juste… Tu me fais rire, c’est tout.

- … Je te fais rire ?

- Oui c’est malgré toi, rassure-toi. »

 

Cherche-t-il à me vexer à tout prix ? Enfin, s’il m’avait dit que je suis un clown ambulant, je n’aurais pas compris non plus. Mais sa façon de parler est bien particulière. Je crois comprendre qu’il est d’une franchise à tout épreuve et peu importe les conséquences. Nous arrivons devant la porte surmontée de l’étiquette « Infirmerie ».

 

« - … Voilà.

- Tadaaaa !!! Une porte ! Lance-t-il sur un ton joyeux. »

 

Je tourne lentement la tête vers lui.

 

« - … Que veux-tu que je te dise de plus ?

- Non mais… Je ne sais pas. Tu pourrais peut-être tenter de mettre plus d’entrain non ?

- … Non.

- … D’accord.

- Pourquoi tenais-tu à voir l’infirmerie en priorité ? »

 

Il baisse les yeux et son sourire s’effaçe légèrement avant de réapparaitre comme un rayon de soleil après un nuage. 

 

« - On ne sait jamais non ?

- Certes. »

 

La sonnerie retentit.

 

« - Oh non… Grogne-t-il. Qu’est-ce qu’on a maintenant ?

- Es-tu dans une section particulière ? »

 

Il hausse les sourcils avant de lever lentement les yeux  vers le plafond.

 

« - Qu’est-ce que tu appelles section particulière ? Me demande-t-il.

- Internationale ? Européenne anglais ? Européenne allemand ? »

 

Ses yeux s’agrandirent.

 

« - Et les pauvres qui n’ont rien demandé de tout ça ?

- Suis-moi. Nous avons histoire.

- Oh joie…  Toi aussi tu es un pauvre ?

- … Peut-être que je ne suis pas dans l’une de ces sections mais mes options me permettent de combler mon emploi du temps.

- Ah ? Qu’est-ce que tu fais toi ? »

 

Nous entrons dans la salle de littérature. Je m’installe au deuxième rang à gauche comme d’habitude. Il vient se mettre à côté de moi naturellement. Je n’y vois aucune objection tant qu’il me laisse suivre le cours. Je sors mon agenda avec mon emploi du temps et lui tend. Il pousse un sifflement admiratif.

 

« - La vache c’est pas de la pompote en boîte ça ! »

 

… De la pompote en boîte ?

 

« - Attends alors tu fais… Anglais allemand ouais ok… Et en option… Latin, maths et… Arts ?! 

- Oui.

- Tu sais, quand on est en littéraire généralement les maths…

- L’érudition est l’une de mes priorités.

- Je vois. Personnellement, je suis bien content d’en avoir fini avec les maths ! »

 

Zoé et Hania arrivent et se mettent derrière nous.

 

« - Hey Vincent ! M’interpelle Hania. »

 

Je me retourne et Nath en fait de même.

 

« - Oui ?

- Samedi soir, tous chez mon cœur ! M’annonce-t-elle.

- Ce n’était pas prévu chez Rachel à l’origine ?

- Si ! Mais en fait ses parents partent plus ce week-end du coup on va chez Ritz ! »

 

Elle resplendissait de joie. Elle adorait les soirées chez Ritz, pour la simple et bonne raison qu’elle s’y sentait comme chez elle.

 

« - Tu veux venir ? Dit-elle à Nath en le regardant avec un sourire. »

 

Encore une fois, ses dents blanches furent mises à l’honneur.

 

« - Moi je suis toujours partant ! Mais ca ne va pas déranger vos potes ?

- Oh tu sais… On est onze alors un de plus ou de moins… Lui apprend Zoé.

- Onze ?! La vache vous êtes une sacré bande ! 

- Oui ! En plus là on va refaire couler l’alcool à flot !

- Refaire ?

- Oui. Dit Hania, les yeux tournés vers moi. Notre dernière grosse cuite remonte au nouvel an. C’était il y a peu de temps mais elle a été sévère.

- Surtout pour Vincent… L’appuie sa meilleure amie. »

 

Monde de merde. Maintenant Nath va savoir que je deviens un véritable déchet humain lorsque je bois quelques gouttes d’alcool.

 

« - Mais bon, il ne faut pas lui en vouloir ! Môssieur n’aime pas qu’on fête son anniversaire et il a voulu noyer son amertume dans l’alcool ! »

 

Les yeux vifs du jeune homme se tournent vers moi. Il sourit malicieusement, je le vois bien. Monde de merde. Je ne sais même plus où me mettre. Zoé, Hania, je m’en souviendrais.

 

« - Ton anniversaire c’est le 31 décembre ? Me demande Nath.

- … Oui. Mais je n’aime pas le fêter.

- Alors du coup on lui a fait une surprise ! Lance Zoé, joyeuse.

- Et puis Vinchou, tu pourras dire ce que tu veux, on sait que tu as été touché ! Me dit Hania avec une lueur tendre dans l’œil. »

 

Bien sûr que j’ai été touché, mais ce n’est pas une raison pour continuer de m’affubler de ce surnom ridicule.

 

« - Arrête de m’appeler ainsi.

- Ou pas ! J’adore t’embêter ! »

 

Elle me passe une main dans les cheveux et je la rejette aussitôt. J’ai horreur qu’on me touche. Je me retourne et j’entends le trio rire. Quelque part, c’est un soulagement de voir Hania et Zoé s’occuper de Nath. Je me sentirais gêné qu’il soit exclu de la classe mais c’est difficile pour moi d’être aussi ouvert qu’elles le sont. Cependant, j’appréhende la rencontre avec tout notre groupe. J’espère simplement qu’il sera bien reçu. J’en suis là de mes considérations humanitaires quand notre prof de littérature arrive. Elle semble essoufflée. Il est vrai qu’elle n’est pas très en avance. Cela fait déjà dix minutes que la cloche a sonné.

 

« - Hey Vincent… Chuchote Zoé derrière. »

 

Je ne me retourne pas mais elle sait que je l’écoute.

 

« - Samedi tu ramènes de la vodka ?

- Nous en reparlerons tout à l’heure.

- D’accord d’accord. »

 

Après l’appel, la prof demande une rapide présentation à Nath qui s’exécute. Le cours se déroule alors dans le silence. Eloquente et captivante, Madame Spamin nous explique les clefs du Guépard de Lampedusa avec une passion qui force l’admiration. Je ne vois pas le temps passer. Ces études littéraires m’hypnotisent. Nous avons deux heures de cours et fort heureusement. A côté, je m’aperçois que Nath ne partage pas mon avis. A la première sonnerie, il semble plus qu’heureux que la moitié du temps soit écoulé. Nous n’avons pas de pause et le cours continue. Je gratte le papier aussi vite que possible pour n’omettre aucun détail de l’analyse. Le parallélisme entre certains personnages est fort intéressant. J’entends alors un grondement. Perplexe, je me tourne vers Nath qui se retient de rire.

 

« - Désolé, je meurs de faim.

- … Tu n’as plus que vingt minutes à tenir. »

 

Il soupire en baissant la tête. J’ai l’impression que c’est bien trop pour lui. Personnellement, je trouve que ces dernières minutes s’écoulent si vite que j’ai à peine eu le temps de souffler. L’heure du midi est annoncée par la sonnerie. Nath s’étire avec grâce et se lève de sa chaise tandis que la prof nous remercie de notre attention. A peine sortis de la classe, la conversation reprend comme si elle ne s’était jamais arrêtée.

 

« - Donc Vincent, tu peux ramener de la vodka ? Me redemande Zoé.

- Je vais essayer. Mais pourquoi donc ? Ritz a toujours les placards pleins…

- Oui mais comme il vit seul il veut que les réserves d’alcool diminuent lentement et pas d’un coup.

- Oui enfin tu oublies qu’il ya Taylor qui vit avec lui maintenant… Rappelle Hania. »

 

Taylor. Etrange phénomène que celui-ci. Cousin de Ritz, américain jusqu’au bout des ongles, il a voulu se rapprocher de son cousin et vit désormais avec lui. Seulement, la cohabitation est difficile en vue des caractères très différents des jeunes hommes. De plus, les parents de Ritz sont repartis aux Etats-Unis il y a trois ans de cela. Depuis, il a appris à vivre seul. Enfin, si on oublie les six derniers mois. Ritz a la particularité d’être à la fois américain, allemand et français. Américain par sa mère, allemand par son père et français très légèrement par le sang de sa grand-mère paternelle mais surtout parce que ses parents n’arrivaient pas à choisir un pays où vivre et ont décidé de s’installer entre l’Allemagne et les Etats-Unis. Il est parfaitement trilingue, ce qui est pour lui un énorme avantage. Et l’avantage pour notre groupe tout entier, c’est surtout sa maison, libre dès que nous le souhaitons. Mais nous essayons de varier pour que ce ne soit pas toujours le même qui nettoie après, comme il nous l’a déjà fait remarquer plusieurs fois.

Nous quittons le lycée et attendons devant l’arrivée des autres. Je jette un œil à Nath. Je ne sais pas pourquoi, mais la perspective qu’il rencontre les autres m’angoisse. Pourtant, à contrario de moi-même, il semble attirer les gens et leur sympathie comme un aimant. Lui, semble détendu et même impatient de les connaître. Je n’arrive pas à comprendre cet étrange sentiment qui assombrit mon humeur. Décidément, cette journée est longue. Bien trop longue. J’ai l’impression qu’elle ne finira jamais. Je me sens dérangé de l’intérieur. Je relève les yeux vers Nath. Ses yeux verts étincellent et brillent de mille feux au soleil. Son sourire pourrait laisser pantois le plus brillant de tous les diamants et le plus bariolé des arc-en-ciel s’inclinerait devant ses yeux. Il pourrait conquérir le monde s’il le voulait. Je sais que ce ne serait pas un problème pour lui s’il le souhaitait.

Je baisse les yeux d’un brusque coup de tête. Qu’est-ce qui me prend de faire l’éloge de ce garçon que je connais à peine ? Sa détermination m’éblouit-elle à ce point ?

Pourtant, aujourd’hui je suis en harmonie avec ce que je suis alors pourquoi envierais-je les autres ? Est-ce réellement de l’envie ? Je n’en sais rien.

Quand j’ose relever les yeux vers lui, il serre la main à Isaac, le petit ami de Zoé. Je ne m’étais même pas rendu compte qu’ils étaient arrivés.


Et voici la suite du Chant des Meurtris! Le début du premier chapitre! ^^ (Et oui ça sent la fin pour l'Enfer des Anges je sais T_T)

Alors nous sommes dans la peau de Vincent comme les crochets le montre dans le titre! ^^ J'espère avoir suscité votre intérêt et j'aimerais vos impressions s'il vous plaît sur cette nouvelle façon d'écrire! =)

C'est important pour moi alors laissez des commentaires s'il vous plaît. Ca ne vous prends pas longtemps et moi ça me fait toujours plaisir!

Merci beaucoup! ^___^

 

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